Biopiraterie et société civile

Hier, à l’assemblée nationale, s’est tenu un colloque sur la biopiraterie, à l’initiative du collectif biopiraterie.

Devant un parterre de militants, plusieurs représentants d’associations luttant contre l’appropriation du vivant par les multinationales se sont exprimés.
Parmi eux, on trouve Vandana Shiva, figure charismatique, qui a lutté 10 ans de sa vie pour que les brevets sur le Neem soient annulés.

Voici les principales idées qui ont été abordées lors de cette réunion :

  • Le système de brevets est une forme de néo colonisation à travers laquelle les multinationales du Nord s’approprient à leur bénéfice des savoirs ancestraux des pays du sud. Cette appropriation a des conséquences désastreuses sur des peuples qui sont partie prenantes d’écosystèmes fragiles.
  • Les peuples autochtones ne disposent d’aucun moyen pour lutter contre ce phénomène. Pire, ils ne comprennent pas la logique du brevet et du système qui a généré leur existence. C’est le pot de terre contre le pot de fer.
  • Seules quelques ONGs sans grands moyens luttent contre ce phénomène en
  1. Surveillant les dépôts de brevet auprès des organismes qui les enregistrent
  2. répertoriant les savoir-faire traditionnels et en soumettant ces données aux mêmes organismes
  3. menant des actions en justice pour l’annulation de certains brevets
  4. tentant de sensibiliser les citoyens des pays du Nord à ce qu’ils considèrent être une spoliation du Sud par le Nord

Au cours du colloque, le cas du neem en Inde a été abordé mais également des cas sud africains, péruviens, équatoriens et de l’Arctique. Ces associations s’opposent de façon frontale au principe du brevetage du vivant. Elles ne veulent entendre parler d’aucun aménagement ni de co détention des brevets ni de compensation financière versée par les entreprises qui exploitent leurs ressources et savoir faire millénaires. Le point de vue défendu est que toute action des entreprises (et des chercheurs) en question doit faire l’objet d’un assentiment de l’Etat et des communautés autochtones concernés.

Il y a une incontestable noblesse à défendre les faibles face à la puissance financière de grandes multinationales. Il n’est pas contestable non plus que dans sa boulimie de croissance du PIB via l’appropriation privée de biens communs ancestraux le capitalisme se nourrissent de prétendus inventions qui n’en sont pas.

Si le sujet a l’ambition de sortir du petit milieu militant dans lequel il est aujourd’hui enfermé, il faut que des questions de fond soient abordées et il faudra faire des concessions. Les savoir faire traditionnels des communautés autochtones sont proclamés patrimoine mondial de l’humanité par ces associations (et par là même, ils ne peuvent faire l’objet d’une appropriation privée). Et certaines plantes ou connaissances locales peuvent avoir des impacts positifs à une échelle plus grande.

Comment dans ce contexte assurer la diffusion de ces bénéfices tangibles tout en respectant l’altérité et le mode de vie de ces communauté? Voilà la question qui se pose. Et à laquelle il faudra répondre en apportant des solutions alternatives si on souhaite que les choses évoluent.

Karlos pour KM

PS : Bravo à Matthieu pour l’orga!!!


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