mai 12 2009

Piketty, Balzac et les subprimes…

J’ai lu et apprécié le dernière tribune de l’économiste Thomas Piketty, publiée dans Le Monde du 29 avril 2009, et reprise par le site ContreInfo . Sa thèse peut-être résumée ainsi : la crise a beau avoir donné un coup d’arrêt aux excès dérégulateurs apparus ces dernières décennies, elle ne suffira pas à elle seule à infléchir la tendance de fond que le capitalisme connaît depuis les années 1970.

Cette tendance de fond, c’est le retour à un capitalisme « patrimonial », créateur d’une société plus inégalitaire où les destins individuels dépendent davantage de la fortune accumulée (le capital) que du mérite (le travail).

Cette forme de capitalisme, explique clairement Thomas Piketty, a connu une longue parenthèse au milieu du siècle. Les années de guerre et de crise (1914-1945) ont en effet laminé les fortunes patrimoniales, tandis que les années de reconstruction (1945-1970) valorisaient le monde salarié et le travail, ainsi que l’idéal méritocratique l’accompagnant.

C’est fini, constate Thomas Piketty, qui pronostique que « les patrimoines et leurs revenus vont se situer au 21ème siècle à des niveaux au moins équivalents à ceux du 19ème siècle et du début du 20ème. » Empruntant une image littéraire intéressante, il estime possible que nous revenions dans « un monde où Vautrin pouvait benoîtement expliquer à Rastignac que la réussite par les études et le travail était une voie sans issue, et que la seule bonne stratégie d’ascension sociale consistait à mettre la main sur un patrimoine. » Avis aux amateurs de comédie humaine…

Marcos pour KM


avr 23 2009

La peur et son usage – ou comment rendre l’exclusion acceptable socialement

La manière dont on traite les déviants en dit long sur une société . En matière de pauvreté, deux positions extrêmes sont assez facilement identifiables :

  • Le travail donne à chacun la possibilité de s’élever dans la société. Dans cette conception l’individu prime sur le groupe, le libre arbitre sur le destin. La pauvreté sanctionne alors ceux qui n’ont pas su s’élever (ou se relever).
  • La tradition maintient une partie de la société dans la pauvreté (les intouchables en Inde par exemple). Les membres des strates inférieures remplissent des tâches nécessaires mais dégradantes. Dans cette conception, le groupe prime sur l’individu et le destin sur le libre arbitre.

En France, nous sommes clairement dans le premier cas. Les mécanismes de sélection sociale qui ont cours dans notre pays sont ceux d’un modèle libéral : caractère obligatoire et concurrentiel de l’école (« que le meilleur gagne ! »), liberté importante sur le marché du travail ; le tout est mâtiné d’une bonne dose d’assistance via un ensemble de dispositifs sociaux d’Etat, permettant d’atténuer les effets un peu rude de ladite sélection.

Dans un tel système, le pauvre incarne le « perdant » auquel personne ne veut ressembler, et l’exclusion sociale est partie prenante d’un programme d’infantilisation basé sur la peur. Continue reading