avr 30 2009

Le capitalisme ou la perte de savoir-faire

Toute bonne critique du capitalisme ne peut être détachée d’une analyse des mécanismes qui font son succès. Difficile, en effet, de prédire la chute imminente d’un système qui se distingue par sa longévité ; difficile, alors, de ne pas se pencher sur les raisons d’une telle pérennité.

Les théories en la matière ne manquent pas. Certains économistes soulignent le rôle joué par l’innovation dans le renouvellement constant du capitalisme. Des historiens mettent en avant le rôle de l’expansion guerrière (colonisation) et des conflits armés (guerres mondiales, guerre froide), qui lui ont permis de surmonter ses principales crises. Sur un registre plus sociologique, d’autres penseurs ont démontré la capacité du capitalisme à comprendre des attentes sociétales et à réaliser les promesses correspondantes (recherche de sécurité au cours des trente glorieuses ; recherche d’autonomie et d’épanouissement individuel à partir des années 1970). Plus largement, de nombreux courants se sont attachés à mettre en lumière que le capitalisme durait en déployant des logiques d’aliénation.

Dans tout ce vaste foisonnement d’idées, il est une grille de lecture permettant d’en réconcilier plusieurs. Elle pourrait être hardiment résumée de la sorte : si le capitalisme perdure, c’est qu’il crée chez les individus une perte de savoir-faire (et donc d’autonomie), ce qui les rend plus dépendant des institutions du capitalisme, et réduit ainsi leur capacité à se rebeller. Continue reading