La peur et son usage – ou comment rendre l’exclusion acceptable socialement
La manière dont on traite les déviants en dit long sur une société . En matière de pauvreté, deux positions extrêmes sont assez facilement identifiables :
- Le travail donne à chacun la possibilité de s’élever dans la société. Dans cette conception l’individu prime sur le groupe, le libre arbitre sur le destin. La pauvreté sanctionne alors ceux qui n’ont pas su s’élever (ou se relever).
- La tradition maintient une partie de la société dans la pauvreté (les intouchables en Inde par exemple). Les membres des strates inférieures remplissent des tâches nécessaires mais dégradantes. Dans cette conception, le groupe prime sur l’individu et le destin sur le libre arbitre.
En France, nous sommes clairement dans le premier cas. Les mécanismes de sélection sociale qui ont cours dans notre pays sont ceux d’un modèle libéral : caractère obligatoire et concurrentiel de l’école (« que le meilleur gagne ! »), liberté importante sur le marché du travail ; le tout est mâtiné d’une bonne dose d’assistance via un ensemble de dispositifs sociaux d’Etat, permettant d’atténuer les effets un peu rude de ladite sélection.
Dans un tel système, le pauvre incarne le « perdant » auquel personne ne veut ressembler, et l’exclusion sociale est partie prenante d’un programme d’infantilisation basé sur la peur. Continue reading
